Antonio Duarte Stern & Cie : « Nous préférons éviter les fonds trop spécialisés qui s’éloignent de notre vision stratégique globale »

Capture d’écran 2016-08-20 à 9.15.34 PMDistrib Invest 03/08/2017 par Marine Quillaud

Mise en place d’une nouvelle offre de gestion conseillée utilisant les contrats d’assurance-vie luxembourgeois et projet de création d’ETF dédiés pour certains clients, Antonio Duarte, président de Stern&Cie, développe dans le cadre de sa participation aux Coupoles Distrib Invest, ses méthodes de sélection de fonds et ses dernières initiatives en matière d’architecture ouverte.

Distrib Invest : Êtes-vous en architecture ouverte et comment la définissez-vous ?

Antonio Duarte : Oui, nous le sommes entièrement et à tous les niveaux. Selon nous, l’architecture ouverte consiste à proposer une offre de services et de produits externes car nous estimons qu’elle doit intégrer plusieurs briques. Nous incluons donc dans notre architecture ouverte toute l’ingénierie patrimoniale qui peut également faire appel à des expertises externes de Banques privées ayant des ressources plus élevées en philanthropie par exemple, mais aussi des experts externes.. Ainsi, après avoir effectué notre propre étude de faisabilité en interne, nous allons chercher des expertises en externe (avocats, notaires, fiscalistes…) pour que nous puissions être capable de prodiguer une offre de conseil la plus complète et neutre possible à nos clients. Grâce à cette approche en architecture ouverte globale, nous renforçons nos équipes par des expertises externes.

En ce qui concerne les investissements nous sommes en architecture ouverte a 100% et éviter les conflits d’intérêts. Nous définissons une frontière entre fonds externes étrangers à l’entité et fonds externes d’une société de gestion mais appartenant au même groupe… D’un point de vue quantitatif, une véritable architecture ouverte ne peut pas intégrer plus d’un tiers de fonds internes d’un asset manager et imposons cette limite aux Mandats de Gestion confié à des gestionnaires externes. Cette approche doit avant tout nous permettre de pouvoir adopter un point de vue contrariant en matière d’analyses macro et de styles de gestion.

Pour aller jusqu’au bout de l’architecture ouverte et lorsque les encours à gérer sont significatifs, au-delà de 100 M€, nous préférons ne pas prendre le risque de gérer la totalité de l’allocation stratégique en interne. Nous déléguons, dans ce cas précis, le dépôt et gestion à plusieurs établissements financiers qui ont des expertises reconnues en gestion, notamment des banques suisses, qui pourront avoir une partie des assets en mandat de gestion. Cette démarche implique que nos cahiers des charges doivent être compatibles aux politiques d’investissement des sociétés de gestion. En conséquence, si cette dernière refuse de mettre en place des dérogations en matière d’architecture ouverte afin de pouvoir signer le mandat alors elle sera de facto éliminée car nous ne faisons pas de gestion fermée.

Par ailleurs, dans le cas où un mandat de gestion a été mis en place avant notre intervention et que le client souhaite y conserver ses encours, nous ferons une exception en intégrant cet historique tout en veillant a diversifier les risques et ouvrir l’architecture autant que faire se peut. Cependant, nous nous efforcerons de marginaliser le poids de cette allocation dans le portefeuille global du client.

Affichez-vous le taux d’ouverture ?

A.D.: Oui, nous affichons notre taux d’ouverture de 100% et nous n’avons aucun conflit d’intérêt possible actuellement. Cependant, nous constatons que ce taux qui évite clairement les risques liés aux biais des politiques internes en termes d’investissements des sociétés de gestion, n’est pas forcément bien compris de nos clients qui parfois possèdent un point de vue conservateur sur l’image de marque d’un établissement.

Avec combien de gérants externes travaillez-vous ?

A.D.: Nous travaillons avec une sélection de 20 sociétés de gestion pour une centaine de fonds en buy list et autant de gérants. Nous veillons à avoir une diversification géographique de l’origine de nos sociétés de gestion présentes en buy list pour éviter les biais de gestion culturelle et l’ethnocentrisme que cela peut induire. Nous avons donc une part proportionnelle de gérants anglo-saxons et asiatiques.

Combien de gérants rencontrez-vous chaque année ?

A.D.: Nous rencontrons environ cinquante nouveaux gérants chaque année en rendez-vous officiel et environ 40 autres dans un cadre informel, sachant que nous opérons en amont une sélection quantitative stricte pour limiter les rencontres aux seuls gérants qui ont des fonds qui entrent dans notre watch list avec quelques exceptions liées a une veille et des projets de diversification de certains clients.

Quels outils ou bases de données utilisez-vous pour la sélection des fonds (Quantalys, Morningstar, Fundesys, …) ?

A.D.: Nous utilisons plusieurs outils et nous croisons leurs données de manière à ne pas être limité en termes d’analyse. Des analyses standard comme Morningstar et plus spécifiques comme Fundclass qui est à notre sens, le seul logiciel à fournir une analyse sur les fonds sans a priori et capables de les classer en fonction de leurs allocations réelles pour gérer les risques de manières plus efficiente. En effet, nous constatons qu’une part importante de fonds vont chercher leur performance long terme sur des allocations en marge de leur catégorie AMF et parfois à hauteur de 10% à 20%. Nous souhaitons pouvoir les sortir de nos présélections car nous considérons que ce mode de gestion met en risque le fonds. Pour cette raison, nous n’achetons pas les analyses des prestataires cités précédemment, nous utilisons seulement leurs données et notations, puis nous effectuons notre propre analyse avec une grille propriétaire. Nos propres grilles de sélection possèdent un fort biais conservateur, avec un focus particulier sur les draw down, nous permettant ainsi d’affiner nos méthodes d’identification des fonds qui nous intéressent.

Quel est le pourcentage d’intégration de nouveaux fonds dans la liste de suivi ? dans la buy list ? Quel est le pourcentage de fonds sortis chaque année de la buy list ? de la watch list ? Sur la base de quels critères décidez-vous de sélectionner ou, au contraire, de sortir un fonds de vos buy et watch lists ?

A.D.: Au sein de notre watch list, nous avons intégré 50 fonds pour autant de sortie, soit 8%. Dans le cas où nous cessons de travailler avec une société de gestion, ce chiffre peut être plus important. En buy list, nous en avons intégré seulement 3, soit 3%. Nous ne référençons pas un fonds parce qu’il a été le meilleur dans sa catégorie l’année passée. Cela nous permet d’avoir une buy list resserrée avec un faible turn over en buy list (3 fonds).

Notre processus de sélection est itératif. Nous passons en revue toutes les sociétés de gestion possédant un code ISIN en Europe, soit environ 50 000 fonds. Ensuite, nous en sélectionnons 700 pour constituer notre watch list, puis 100 fonds sont intégrés à notre buy list. Le différentiel est expliqué par nos filtres quantitatif puis qualitatif qui s’appliquent. Notre analyse indépendante des sociétés de gestion et des fonds, nous permet également d’avoir un point de vue objectif.

Nos critères de sélection qualitatifs reposent sur l’expertise du gérant, le processus interne de la société de gestion, la qualité de l’économiste, et la capacité de la société de gestion à éviter les biais. Les critères de sélection quantitatifs viennent affiner la sélection. Nous portons une attention particulière au faible niveau de la volatilité et du drawdown.

De manière générale, nous voulons éviter les fonds trop spécialisés qui s’éloignent de notre vision stratégique globale. En effet, nous ne voulons pas être obligés de sortir d’un fonds à cause d’une seule erreur stratégique et devoir supporter les frais engendrés. Par exemple, nous ne sélectionnons aucun fonds CAC40 et très peu de fonds français car nous voulons une allocation stratégique pan-européenne et une gestion suffisamment souple et diversifiée pour pouvoir effectuer les arbitrages nécessaires. Le gérant doit avoir la latitude suffisante pour le faire. D’ailleurs, nous constatons que les politiques internes de sociétés de gestion influencent directement la création de surperformance ou de sous performance des gérants. Nous ne sélectionnons pas un gérant pour un seul fonds car nous préférons qu’il soit aguerri sur plusieurs thématiques ou zones géographiques.

A partir de nos propres outils, nous établissons une corrélation entre les processus internes des analyses macroéconomiques, les processus de gestion de la société de gestion, et les surperformances des fonds. Ensuite, nous faisons des études approfondies pour tester la fiabilité de la corrélation. L’objectif le plus important de notre sélection de fonds est qu’elle soit capable de limiter les drawdowns en phase de baisse des marchés. Dans cette logique, nous ne sélectionnons pas de fonds n’ayant pas subi dans son historique un “crash test” en traversant une crise réelle.

Nous voulons éviter de sortir des fonds dans lesquels nous sommes investis. Cependant, pour pouvoir répondre au besoin spécifique d’un client nécessitant de référencer un fonds thématique particulier (par exemple, sur les matières premières), nous pouvons effectuer un arbitrage qui aura pour conséquence la sortie d’un autre fonds.

Les critères de « désélection » quantitatifs reposent sur une volatilité trop forte, une performance trop faible, un changement de stratégie qui n’est plus en adéquation avec celle d’origine. Dans le cas d’un changement de gérant, nous ne sortirons pas nos encours du fonds. Cependant, nous le mettrons sous surveillance et nous effectuerons un suivi spécifique en sollicitant des rendez-vous réguliers.

La mise en avant de nouvelles offres de gestion proposant en majorité des fonds externes constitue-t-elle un axe de développement dans les 12 mois à venir ?

A.D.: Il y a 6 mois, nous avons mis en place une offre de gestion conseillée. Pour ce faire, nous avons utilisé le nouveau dispositif des contrats d’assurance vie luxembourgeois qui le permettent. Ce dispositif a moins de deux ans mais peu d’assureurs ont pris le temps de le proposer au sein de leurs contrats. Cette offre est donc expérimentale pour nos partenaires luxembourgeois mais représente pour nous une option que nous souhaitons mettre en avant. A l’heure actuelle, cette offre est mise en place sur un client test et elle n’est pas encore généralisée. Nous espérons établir d’autres partenariats avec des assureurs français cette année, mais nous sommes encore confrontés à des blocages opérationnels et juridiques.

Nous envisageons, par ailleurs, intégrer des ETF Smart Beta parmi nos offres, bien que nous fassions partie des 5% d’allocataire qui battent les indices. Notre idée serait de créer un ETF dédié pour certains de nos clients. Nous sommes encore au stade de réflexion avec quelques fournisseurs d’ETF.

Quelle initiative avez-vous menée récemment en matière d’architecture ouverte ?

A.D.: L’ouverture de notre plateforme “Stern & Cie Partenaires” qui est une spin off de Sélection R de Rothschild, propose une offre d’allocation d’actifs en architecture ouverte aux family offices ou gérants de fortune indépendants. De cette manière, nos partenaires bénéficient de nos outils propriétaires de sélection de fonds, qu’ils utilisent en fonction de leurs cahiers des charges et objectifs.

Combien de nouveaux gérants avez-vous proposé à vos clients en 2016 par rapport à 2015 ?

A.D.: Nous avons proposé 3 nouveaux gérants en 2016. Nous tenons à maintenir un faible turn over.

Comment entretenez-vous le suivi des fonds sélectionnés ?

A.D.: Nos alertes permettent d’effectuer un premier screening quantitatif sur les allocations et des comparaisons avec d’autres fonds du secteur pour avoir notre propre analyse en interne. A l’aide de Morningstar, nous essayons de resituer le fonds par rapport au marché. Une fois ce processus accompli, nous nous tournons vers la société de gestion avec laquelle nous effectuons au minimum une due diligence par an. Cette fréquence peut devenir trimestrielle si les comportements des fonds changent de façon inexpliquée.

 

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